Les mémoires d’un pirate (029)

– Oh ? fis-je inquiet.
– Mais…
– Mais ?
– Je vois…
– Que vois-tu ?

Elle leva les bras au ciel.

– Je vois un singe géant !
– Ouaaaaa !
– Je te vois à l’intérieur de ce singe géant !
– Hein ?

Finalement, cet avenir ne m’emballait pas tant que ça. Servir de banane à un gros  macaque ne paraissait pas la meilleure des solutions pour passer mes prochaines vacances.

– Ce n’est pas tout, continua-t-elle… tout devient clair !
– Ah bon, tu trouves ?
– Ton voyage aura plusieurs étapes. Tu verras des choses qu’il vaut mieux ne pas voir.

Tu entendras des choses qu’il vaut mieux ne pas entendre. Tu apprendras des choses qu’il vaut mieux ne pas apprendre.

En effet, tout devenait clair…

– Quel genre de choses ? demandais-je bouillonnant d’impatience. J’ai horreur des surprises.
– NON ! cria-t-elle d’une voix à faire trembler les morts (dont ceux qui se trouvaient probablement dans le coffre de tout à l’heure…). Le moment n’est pas venu pour toi de le savoir. Quand tu découvriras ta mission, viens me voir… Je te le dirai.
– Ah non ! Maintenant vous avez éveillé ma curiosité à son maximum. C’est du chiqué tout ça. Remboursez !
– Mais… tu n’as rien payé. Au contraire, tu as même gagné un poulet en plastique.
– Avec une poulie au milieu en plus.
– Oh !
– Oh ?

La voyante leva les bras fixant les yeux droit devant elle. Lady Voodoo se balançait dans son fauteuil, hochant lentement la tête elle se remit à parler en africain d’une voix chantante et pétrifiante et disparut dans un nuage de fumée aveuglant. Sapristi ! Ce devait être pratique quand il fallait payer l’addition au restaurant ce genre de truc !

Comprenant que je n’avais plus rien à faire dans les parages, je n’y avais jamais rien eu à faire de toutes façons, je décidai de me retirer. Comme lors de mon départ, la porte s’ouvrit puis se ferma, manquant d’ailleurs de me couper un bras.

Puisque la seconde porte à gauche n’avait pas été concluante, je tentais d’aller à la porte de droite, celle avec « Smi » marqué sur le panneau. Quels menteurs ces pirates du conseil !

Eux qui m’avaient affirmé, juré, craché que l’inscription était « Smir » ! On ne pouvait plus faire confiance à personne de nos jours, même pas à des pirates sauvages sentant la crasse et le sang de leurs victimes.

Je frappai à la porte de Smi… tient ? Une pancarte : « salle d’entraînement du capitaine Smirk pour pirates redoutables. Prix : Escrime 30 pièces de huit ; Utilisation du canon 160 pièces de huit (n’inclut pas le boulet) ; Utilisation du crochet 130 pièces de huit (n’inclut pas le crochet) ». Si ce maudit conseil m’avait précisé l’existence d’une telle pancarte, j’aurais trouvé immédiatement cette maison. Au lieu de ça, je m’étais retrouvé chez une folle qui enfermait des cadavres dans des coffres… Enfin, peut-être le faisait-elle.

La porte s’ouvrit. Un type, Smirk, me fis face. C’était encore un grand gaillard bien costaud, très musclé, coiffé en brosse. Ses cheveux gris et son bandeau trahissaient de nombreuses années d’expérience. Il dégustait un énorme cigare cubain et m’envoyait sa sale fumée dans la figure. En fait, on aurait dit un de ces efféminés de profs de gymnastique : survêtement Adidon et basket Snake Air. Sans oublier l’énorme tatouage frappé « A mes mamans, peu importe la vraie » qu’il exhibait fièrement sur son épaule droite. Un vrai dur quoi.

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