Ces gens, les Slaughter

C’est beau la technologie, on peut avoir 11 ans et réussir à déclencher la haine de milliers d’individus. Et ça finit toujours mal.

L’affaire « Jessi Slaughter » est ce qui anime en ce moment le Web. Cette histoire a explosé le 12 juillet dernier. Et elle a des racines assez anciennes (le 10 juillet dernier, c’est dire).

Jessi Slaughter alias kerligirl13 sur Youtube (compte fermé depuis) est une gamine de 11 ans. Evidemment, lorsqu’on est une gamine de 11 ans et qu’on est un petit peu prétentieuse, on fait sa crâneuse sans s’apercevoir que sur Youtube, on n’est pas dans une cour de récréation : on est branché sur le monde. Un monde d’adultes à la moralité peu claire qui, lorsqu’ils se réunissent à plusieurs pour vous coller une baffe, ne vont pas se contenter d’une petite tape amicale, mais vous faire décoller de la surface du sol et vous envoyer tête la première contre le mur.

Le 10 juillet, un internaute s’en prend à elle sur Stickydrama, un site communautaire pour ados. C’est ce commentaire qui va tout déclencher.

L’internaute évoque une rumeur impliquant Jessi et le chanteur d’un groupe nommé Blood on the Dancefloor, Dahvie Vanity. Une rumeur idiote selon laquelle ce garçon de 25 ans aurait couché avec cette petite fille de 11 ans. L’internaute publie aussi une photo de l’ado posant aux côtés du chanteur.

Et comme Jessi veut faire son intéressante, au lieu de répondre « non, non, ça va pas la tête ? », elle répond avec agressivité sur Stickydrama : « Je la fermerais si j’étais vous ! J’ai ma vie, Dahvie a la sienne, on est juste amis », et d’envoyer ballader les lecteurs de Stickydrama avec une certaine véhémence.

La tension monte entre Jessi et les internautes.

Le lendemain matin (le 13 juillet), la petite Jessi décide de faire une vidéo en réponse à tous ceux qui lui font des remarques méchantes. Alors que, jusqu’à présent, Jessi n’était connue que sur Stickydrama, cette vidéo va se faire remarquer et révèlera l’ado au grand public.

La vidéo circule un peu partout de par son caractère provocateur. Aux yeux des internautes, Jessi a tout de la gamine prétentieuse, superficielle et gonflante. En plus, elle est extrêmement vulgaire : « put a glock in your mouth and make a brain slushie »‘ = « Je mettrai un glock dans votre bouche et vous transformerai la cervelle en slushie. » *

Cette vidéo finit par se retrouver là où il ne fallait pas…. sur le canal /b/ de 4chan, un forum aussi énorme que controversé aux Etats-Unis, d’où sont partis de nombreux buzz. La vidéo se retrouve alors sur de nombreux blogs, où les internautes se lâchent en insultes et moqueries en tous genres.

Un petit malin s’est dit : « Hé, essayons de retrouver le véritable nom de cette fille ! ». Et un autre s’est dit : « Tiens, essayons de retrouver son Facebook »… puis son adresse et le numéro de téléphone de ses parents.

Evidemment, ils ont retrouvé ça en un tour de main, d’autant plus facilement que Jessi avait le même pseudo pour chaque compte et qu’elle acceptait n’importe quel imbécile dans ses amis Facebook (même un type nommé « Pedobear »)… Jessi n’ayant caché ni son adresse e-mail, ni son adresse postale, ce fut une tâche très facile.

Et comme c’était très drôle, d’autres petits rigolos ont essayé d’appeler ses parents en se faisant passer pour la police, ont affirmé aux flics que Jessi hébergeaient des prostituées… D’autres ont fait livrer des pizzas, d’autres ont fait courir le bruit qu’il y aurait des photos pornos de Jessi sur le Net, qu’elle se serait suicidée… Et on se retrouve le 16 juillet.

Du coup, on pouvait s’en douter, le web s’est déchainé sur elle pour la lyncher, (ah que c’est beau internet) à coup de petites phrases du genre « vas te suicider » ou de vidéos/photos montées, parodies et autres…Forcément, quand on a 11 ans, on n’est pas forcément capable d’encaisser tout ça et on fait appel à Papa..

Et là, au lieu de calmer le jeu, c’est tendre la perche pour mieux se faire battre car cette vidéo se répand encore plus vite, et devient un mème, notamment à cause de ce bizarre moustachu qui menace les internautes de balancer leurs noms à la « cyberpolice ». « Consequence never be the same » (les conséquences ne seront jamais les mêmes), lâche le père : ça ne veut rien dire, c’est normal, mais c’est cette phrase que retiendront les internautes.

Sur l’autre vidéo, le père semble dire à un moment : « You Dun Goofed », ce qui est une façon bizarre de dire « vous vous êtes fait prendre. »

Ps: Parents, voilà une raison pour laquelle il faut faire gaffe à ce que font vos gamins sur le net. C’est vous les responsables.

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